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mardi 5 février 2013

De février à juin, attention aux falaises interdites !

Nous voici donc début février et comme chaque année, ce mois marque le début des limitations temporaires d’accès à de nombreux sites naturels d’escalade de France ! Mammifères, reptiles, oiseaux, amphibiens, araignées et insectes parcourent, se reposent ou se reproduisent en milieu rupestre.  Lieu privilégié pour la nidification de nombreuses espèces, les escarpements rocheux peuvent abriter jusqu’à 13 espèces d’oiseaux justifiant la prise d’un arrêté préfectoral. Les espèces à sensibilité importante sont l’Aigle de Bonelli Aquila fasciata, le Vautour percnoptère Neophron percnopterus et le Grand duc d’Europe Bubo bubo qui trouvent encore la tranquillité nécessaire pour se reproduire. Le statut fragile de ces espèces, voir leur extrême raréfaction dans le cas de l’Aigle de Bonelli et du Vautour percnoptère, font l’objet d’une attention particulière en ce qui concerne l’ensemble des facteurs défavorables à leur maintien.  

Depuis plus de 30 ans, les grimpeurs font donc entendre leurs voix dans les Préfectures et auprès des associations naturalistes pour que ces interdictions soient négociées au plus près des besoins selon les espèces et leur localisation géographique. Sans cette concertation, il ne peut y avoir d’acceptation de l’interdit par le plus grand nombre. Cela se passe plutôt mieux qu’avant même si dans certains départements des tensions existent encore entre grimpeurs et protecteurs d’une certaine nature… Petit tour d’horrizon sur la question.
 
 Au début des années 90, Daniel Taupin, alors président du Cosiroc et membre du Comité directeur de la FFME avait tiré la sonnette d’alarme sur la multiplication parfois outrancière des interdits liés à l’avifaune. Que certains rapaces soient menacés était un fait mais il semblait que certains arrêté de protection de biotope n’étaient pas justifiés. Daniel fustigeait aussi le manque de transparence quand au nombre d’individus par espèce à prendre en compte et à quelle échelle.
Ainsi, les célèbres Faucon Pèlerin et faucon crécelle justifient t’ils encore d’interdire l’accès de telle ou telle falaise alors qu’ils en nichent jusque dans la Capitale ?
Le faucon crécerelle est une espèce encore moins farouche que le faucon pèlerin et donc moins susceptible d’être dérangée par des grimpeurs parcourant des voies suffisamment éloignées du nid.

De la fin des années 1940 jusqu’aux années 1960, le faucon pèlerin (Falco peregrinus anatum) a vu sa population décliner de façon radicale.
L’exposition aux pesticides organochlorés, en particulier le DDT, fut rapidement ciblée comme étant le principal facteur de la diminution du succès de reproduction de l’espèce. L’amincissement des coquilles d’oeuf résultant de l’usage de ces pesticides provoquait leur bris lors de la couvaison.
L’interdiction de l’usage de ces substances au début des années 1970 ont depuis contribué à l’amélioration de la situation de cet oiseau de proie.
Le faucon pèlerin occupe divers types d’habitats, mais il établit généralement sa nichée dans une crevasse ou à même le sol sur la saillie rocheuse d’une falaise de 50 mètres à 200 mètres de préférence. Lorsque les adultes adoptent un site de nidification, ils ont tendance à le réutiliser d’année en année aussi longtemps qu’ils ne connaissent pas de dérangement significatif.
Sur les sites d’escalade où les faucons choisissent d’établir leur nichée, les mesures de protection généralement appliquées consistent à restreindre l’accès aux parois ou à certaines sections de celles-ci durant la période de nidification. Plusieurs facteurs tels que la tolérance des individus au dérangement, le type d’activité pratiquée ainsi que la configuration des falaises sont à prendre en compte pour fixer la taille des zones de protection. Cependant, peu d’études permettent de déterminer la distance à respecter en fonction de ces facteurs. La topographie de la falaise a toutefois été identifiée comme étant un des éléments déterminants à prendre en considération lors de la planification de mesures de protection. La hauteur du nid ainsi que le tracé des voies d’escalade jouent aussi un rôle primordial lors de la prise de décision pour assurer la quiétude des faucons. Sans être opposés à ces interdictions temporaires, l’expérience nous prouve que le faucon Pèlerin s’accommode plutôt bien de la présence des grimpeurs tant que ceux-ci évitent scrupuleusement d’approcher du nid. Une neutralisation des voies proches est largement suffisante et il est inutile d’interdire l’accès à l’ensemble de la falaise !

Pour d’autres espèces, beaucoup plus sensibles et menacées, l’interdiction nous semble parfaitement justifiés. C’est le cas pour le Vautour Perctonptère par exemple.

Sur une période de référence de 40 années, l’espèce a subi en Europe un déclin supérieur à 50%. Pire, partout dans le monde, l’espèce voit ses effectifs se réduire de façon significative (Moyen Orient 20%, Afrique 25%, Asie Centrale 20%, Asie 90%). Le Vautour percnoptère était pourtant bien présent dans le sud-est de la France jusqu’au XIXe... À la fin des années 1960, au moins 8 couples étaient encore présents dans le Gard. Depuis plus de vingt ans, 2 couples seulement y sont recensés dont un est cantonné sur le Massif du Gardon. Cette espèce se trouve toujours dans une logique de population à faible effectif où la disparition d’un adulte cantonné porte atteinte à la survie même de ce noyau méditerranéen. Jusqu’en 1983, 2 couples se partageaient l’espace dans les Gorges du Gardon. En aval de la Baume, site emblématique des gorges, un couple a survécu jusqu’en 1982. Victime d’un accident, la femelle a disparu cette année-là, le mâle de retour l’année suivante délaissa le site dès 1984. Si d’autres sites ont pu disparaître comme celui d’Anduze par exemple, remplacé aujourd’hui par une carrière, certains conservent encore un potentiel d’accueil formidable pour ce type d’espèces, aux exigences écologiques fortes. À travers une harmonisation des pratiques, fruit d’une concertation riche et constructive, le Vautour percnoptère pourra retrouver sa place et faire à nouveau partie de notre environnement.



Parmi les espèces très sensibles et emblématiques, citons encore l’Aigle de Bonelli. On en comptait en 2011, 31 couples cantonnés en France. Néanmoins, avec 26 jeunes produits sur les 18 couples ayant mené des jeunes à l’envol, la productivité enregistrée cette année là fut la plus faible des six dernières années (0,84 poussin par couple). Par contre, et comme pour les trois années précédentes, seuls 24 couples ont pondu. En 2011, 8 recrutements ont été constatés  (dont deux concernent l’installation d’un nouveau couple) ce qui reste dans la moyenne de ce qu’y a été observé depuis plusieurs années. En définitive, si la progression du nombre de couples est encore constatée cette année, il reste encore de nombreuses actions à mener afin de restaurer la population dans un état comparable à ce que l’on observait il y a près de 50 ans !



Et le grand duc Bubo bubo
LLe Grand duc d’Europe est le plus grand des oiseaux de proies nocturnes. D’une envergure de 1,60 à 1,90 mètres, il pèse de 1,5 à 3 kg selon le sexe. Les parties supérieures du corps sont d’une couleur brun/noir. Le croupion et le dessus de la queue sont ornés d’ondulations noires. Le disque facial est brun foncé, le menton et le jabot sont blancs. L’iris est orange. La longévité en nature est d’une vingtaine d’années. En France, le Grand duc d’Europe n’utilise pratiquement que le substrat rocheux comme lieu de nidification, du niveau de la mer (VIDAL et BAYLE, 1997) à l’étage subalpin, jusqu’à 2000 mètres d’altitude (LEBRETON, 1977) ». Il peut fréquenter tous les types de milieux rupestres, même les plus modestes (COCHET, 1991). La ponte, de 1 à 4 oeufs, a lieu généralement à la fin de l’hiver, parfois plus tard. L’incubation, assurée par la femelle, dure de 31 à 36 jours. Les jeunes sont nourris par les adultes pendant 20 à 24 semaines. L’émancipation a lieu de septembre à novembre. Dès la fin de l’automne ils quittent le territoire familial. Globalement, l’alimentation du Grand duc se compose de mammifères, et dans une moindre mesure, d’oiseaux selon la nature des proies les plus abondantes sur le territoire exploité (BAYLE, 1987 ; BAYLE, 1992 ; IBORRA et al., 1997). C’est entre cultures et zones boisées que la diversité des proies potentielles est la plus élevée.

En France, l’espèce est présente essentiellement dans la moitié sud-est du pays, à l’exception de la Corse. Les plus importantes populations françaises sont réparties inégalement dans la région méditerranéenne et le Massif Central.

Les effectifs connus de Grands ducs nicheurs en France sont d’environ 950 couples, dont plus de 300 dans le Massif Central, environ 300 en Provence et 250 dans le Languedoc. Son maintien peut être localement menacé par certains équipements (lignes électriques), les dérangements sur les sites rupestres ou l’altération de territoires de chasse.


La protection systématique du Grand-duc a permis sans nul doute à l’espèce de renforcer considérablement ses effectifs et de réoccuper une partie de son ancienne aire de répartition. Aujourd’hui, grimpeurs et grands-ducs se côtoient sur de nombreux sites rupestres. Mais l’activité nocturne de ce géant le rend invisible de jour. Figé contre une branche, il observe silencieusement la lente progression du grimpeur. Si la voie reste à distance, il ne se montrera pas avant le crépuscule, où il rejoindra son poste de chant ou son congénère, couché à même le sol, protégeant ses oeufs ou sa progéniture. Même si la distance de fuite du Grand-duc est beaucoup plus faible que celle de l’Aigle, il n’en demeure pas moins qu’il ne tolérera pas une cordée sur son aire, ni même sur son reposoir diurne. Il est une chose incontournable, la concertation autour de cet espace convoité par tous, pour que les besoins de chacun, aussi petits soient-ils, soient acceptés et respectés, au nom de la diversité. En Bourgogne, à Cormot dont nous reparlerons très bientôt, l’exploitation de la barre déversante du Bout du monde fut ainsi longuement négociée et l’interdit est à respecter scrupuleusement.

Nous pourrions aussi évoquer le cas des vautours fauves dont la réintroduction dans la Jonte, le Verdon et la présence dans les Pyrénées n’est absolument pas perturbée par les grimpeurs, celle du gypaète barbu dont les aires de nidification sont souvent hors d’atteinte des grimpeurs…

Chez les mammifères, les espèces les plus représentées sont les chauves-souris qui utilisent les fissures des falaises et des abris sous roches comme gîte diurne, tout au long de l’année, et parfois comme site d’hivernage. Les principaux sites de reproduction se situent dans les grottes présentes au sein des barres rocheuses.


Bref, bien évidement, les grimpeurs doivent sacrifier un bout de leur terrain de jeux pendant quelques mois à nos cousins volants. C’est même pour certaines espèces primordiale mais il est important que ces limitations temporaires de pratiques soient prises de manière concertée (et non imposées par quelques écolos-intégristes) et qu’elles soient proportionnées aux besoins de l’espèces et à sa rareté. Les grimpeurs via leurs comités territoriaux et les associations de défense des grimpeurs et des sites naturels de grimpe devraient systématiquement pouvoir faire entendre leurs voix ce qui n’est plus le cas comme le démontre le cas de la Seine et Marne !



Le Point en Alsace : 

Verdon :
On peut identifier les voies d’escalade du Verdon concernées à partir de ce lien.

forum C2C :
http://www.camptocamp.org/forums/viewtopic.php?id=232380

2 commentaires:

  1. Hello, les faucons Pèlerins s'adaptent très facilement à l'homme et cela c'est prouvé encore une fois de plus en Suisse... Voyez plutôt cela, ça laisse perplexe...
    http://www.20min.ch/ro/lecteurreporter/story/Un-faucon-s-invite-sur-un-balcon-pour-le-petit-dej--15022604

    Salutations du Jura Suisse... Boris

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  2. C'est pas "les" faucons, c'est "ce" faucon...

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